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Madame le Maire,

De quoi s’agit-il ?...

De la mise en péril – ici et maintenant (2018) – d’un outil de création, d’accueil, de partage, d’échanges baptisé la Verrière.

D’une aventure artistique et civique inventée [trouvée et imaginée] au fur et à mesure du temps – un temps nécessaire pour explorer, maintenir, consolider, amplifier et multiplier les rencontres – pour tâtonner parfois, oser souvent.

D’un lieu « itinéraire bis » qui a progressivement trouvé sa place entre les institutions et les équipes artistiques du territoire (et au-delà) éloignées de la Métropole.

D’un espace de rencontres, de débats, de combat, de sensibilisation (université, lycées, collèges, écoles, EPSM, Conservatoire, Cité-Philo, etc.).

D’un lieu que nous n’occupons pas seulement, mais dont nous nous occupons, c’est-à-dire d’une équipe légère qui n’a jamais pris à la légère la gestion financière, professionnelle et « sécuritaire » du lieu, cette équipe ne s’occupant pas seulement de l’entretien du lieu mais de création et d’actions artistiques. Certes, il y a l’usure des locaux, du matériel à quoi nous pallions sur nos propres forces et à la mesure des contraintes et des choix financiers et artistiques qui s’imposent à nous. Hé bien quoi ! tout ce travail de production de théâtre, de formations, d’accueils, de rencontres, se trouverait brutalement menacé par une suspension non argumentée des aides (hormis les habituels pour ne pas dire sempiternels focus sur l’appareillage médiatico-financier), tout ceci ne relevant que rarement d’une délibération de fond.

 

On nous « garantit » pour cette année 2018 d’hésitantes, fluctuantes, très retardées, et très conditionnelles subventions – réduites voire supprimées. Que faire Madame le Maire, ici maintenant (jusqu’à la fin de l’exercice – décembre 2018) en attendant… mieux ? pire ?

Que faire vis-à-vis des équipes, artistes, projets de rencontres, ateliers, etc. ?

Que dire à nos 2 salariées permanentes et au reste de la petite équipe que nous formons ? Que dire à nos partenaires ?

Qu’envisager, sinon sereinement du moins sérieusement, pour les jours, pour les mois qui viennent ?

 

Qu’enfin les choses soient claires. S’il s’agit de « laisser la place » [au Suivant ! – air connu], de renouveler la vitrine et le cheptel        , s’il s’agit encore de promouvoir une ambition régionale d’envergure – que tout cela soit énoncé une bonne fois pour toute – ne nous abandonnant pas dans ce flou dont vous prédîtes à juste titre quelque jour, qu’il révélait toujours un « loup ».

S’agirait-il de mon obsolescence vaguement programmée ? Sachez, Madame le Maire, que je n’en ai cure puisque je suis retiré, moi et ma compagnie, dès le 31 décembre à minuit.

Aussi bien, ne s’agit-il pas de ma personne ou d’un prétendu « agrippement » forcené à ce lieu. Aussi bien, ne s’agit-il pas d’un remplacement, d’un renouvellement de casting dont vous constatez quotidiennement avec moi, ici et ailleurs, qu’il ne garantit aucun nouveau scénario. Ce lieu n’est pas « une place à prendre » - une boutique à rénover. Ni prestigieux, ni médiocre, cet espace ne se réduit pas à de l’immobilier culturel.         

 

Or, nous avons proposé un projet de refondation – LA VERRIERE – Ce n’est pas de l’ordre de la succession (je ne suis ni consul ni potentat), pas davantage de la simple « rénovation » - relooking tendance, mais bien je le répète à l‘envi, tant le mot ne semble pas entendu par qui devrait l’entendre – de refondation. Projet qui met en avant une refondation du lieu en accord avec l’éthique que nous avons tenté de défendre durant plus de 25 ans.

Pourquoi notre projet ? – simplement parce que nous pensons avec d’autres que les « innovations » et en quelque sorte les « producteurs » d’un lieu artistique – d’une fabrique théâtrale – peuvent avoir droit de regard (dans l’idéal droit de préemption symbolique) sur leur outil de travail – serait-il artistique et civique. Et qu’on n’aille pas prétendre dans les couloirs et officines que c’est encore nous (Sarrazin and co) qui tenons la main sur ce que sera ce lieu, que nous soyons en embuscade derrière cette refondation – bref que nous continuerions sournoisement à manipuler un leurre, un projet de « paille ».

 

Pour l’heure cependant – il y a péril en la demeure. Rien de sensé, de serein, de positif ne peut se construire dans un tel brouillard. Si l’on veut en « finir » avec tout ça : vieille compagnie, vieille équipe, vieux principes, vieux matériel, etc., que cela soit énoncé le plus clairement possible – cette violence vaut bien celle que nous subissons passivement en ce moment – elle nous laisse au moins le terrain à la défense.  Que cela s’énonce « politiquement » - c’est-à-dire comme un choix discrétionnaire et non dissimulé sous l’appareillage technico-communicationnel, dont nous subissons ici et ailleurs la tyrannie.

Vous voudrez bien, j’espère, Madame le Maire, excuser la véhémence de ces propos au regard de ce qui remet en cause en profondeur, vis-à-vis de nos partenaires et de nos publics, une certaine idée de l’éducation populaire dont je suis le vieil enfant.

Qu’autre chose advienne à la Verrière, qui ne soit pas le copié-collé de notre aventure, rien ne me réjouit plus – encore faudrait-il qu’on en délibère sereinement, loin des poncifs et clichés attachés aux « fins de règne » (que l’on me montre mon « royaume » !)

 

Madame le Maire, soyez assurée que le soutien apporté depuis des années à notre activité par vos services [et ceux de la Région et du Département] ne m’ont en aucune façon créé une « rente de situation » (il y avait mieux à faire pour cela) et que ce soutien fut, en permanence, rendu au public qui demeure notre vrai moyen d’existence et notre seule fin.

Ça ne peut pas se terminer comme ça !

Ça peut continuer autrement !

 

Très respectueusement, pour la découverte à la Verrière

Dominique Sarrazin.